Une autre Corse possible?


Société / jeudi, juin 16th, 2022

Une autre Corse possible ?

Et si on changeait? Nos habitudes , nos fonctionnements, nos postures?

Si on arrêtait de penser que c’est toujours l’ego de l’autre qui fait échouer les compromis et les unions?

Si on passait à l’action plutôt qu’au constat .
si on décrétait l’état d’urgence climatique?

Si on arrêtait de parler de transition mais de rupture?

Comment bâtir un nouveau mouvement, basé sur d’autres mots que « gauche » ou « écologie », mots aux sens  largement déformés. ; comment inventer une autre manière de procéder, de s’organiser, de lutter? Comment prendre en compte le monde nouveau qui s’est créé en quelques décennies en créant nous mêmes de nouvelles manières d’y agir.

J’ai vécu effectivement depuis les années 70 la disparition progressive  de ce qui s’appelait les « partis » et les groupements collectifs tels les syndicats. Pas disparus en tant que tels mais leur rôle et leur efficacité dans ce qui s’appelait la citoyenneté. Appartenant à ce 20 ème siècle j’ai longtemps pensé que la renaissance d’un parti fort serait l’espoir.

Et puis ayant abandonné la perspective de destruction du capitalisme mondial, avec  sa logique du profit et de l’argent, et du pillage de la planète, je me suis rabattu sur des luttes très locales, sur le territoire, ce qui abrite et fait vivre les citoyens autour de moi. E j’ai compris , assez vaguement, qu’il serait préférable de multiplier les petits groupes locaux, connectés en réseau, mais capables de s’unir autour de thèmes communs et de valeurs communes lors d’une élection, ou d’un combat.

Cela passerait par une première étape pour définir ce que nous avons en commun et ce que nous n’avons pas. Pour éviter des malentendus. Assumer nos différences. Mais être capable de générer une force suffisante pour rivaliser avec les forces libérales ou d’extreme droite, les unes aux commandes  depuis longtemps en Corse, les autres souvent majoritaires dans les scrutins. Autour de valeurs communes, (par exemple  la solidarité,  l’insularité, le vivant, le commun, le partage, etc )  et de combats communs ( contre l’emprise de la maffia, de la spéculation foncière, du « tout tourisme » ,  du « tout plastique », etc) , une coordination des différents groupes permettrait ( peut être ) de s’unir lors de consultations. Autour d’un nom commun hors parti traditionnel mais avec leur soutien le cas échéant , à l’image d’une NUPES Corse.. Une autre Corse est possible, certes, mais il va falloir la rendre plus visible,, plus accessible. Et il va falloir apprendre à s’en parler.  Il y a urgence.

5 réponses à « Une autre Corse possible? »

  1. Je partage ces idées de solidarité, défense du vivant, de partage, de tolérance… Mais cette ‘nouvelle’ violence haineuse qui s’exprime à travers des graffitis et auto-collants signifie un profond mal être. Une misère sociale. La mépriser serait une grave erreur. Y a-t-il un côté irréversible à ce mouvement de rejet que seule l’extrême droite pourrait porter ou incarner ? Peut-on encore se parler, se rencontrer, vider son sac et ses ressentiments parfois venus de très loin ? Enfin que représente vraiment cette probable minorité activiste dont on aurait imaginé qu’elle se serait exprimée après la saison touristique afin de ne pas confondre touristes français et résidents français ? Je pense que la jeunesse corse est en grande souffrance. Derrière elle il y a des malveillants qui la pousse à faire le sale boulot. Il y a un côté ‘pur’ à la jeunesse qui suscite une naturelle compassion dont certains profitent. Un écrivain corse a intitulé son livre : Faut-il abandonner la Corse ? La question se pose en effet. Qu’adviendrait-il d’une Corse indépendante ? Livrée à elle-même ? Y vivrait-on réellement mieux ? Avec quelles ressources et quelles perspectives ? Histoire de ne pas avoir de regret !

  2. pour te répondre: il n’y a qu’un mot à la place de gauche ou écolo, un mot qui existe déjà depuis longtemps mais tellement dénigré par les capitalistes qui en ont fait le synonyme de chaos :L’anarchie, ou société libertaire, est une société fondée sur la démocratie directe sans système de pouvoir vertical tel qu’un gouvernement non soumis au peuple (les anarchistes prônent le mandat impératif et le référendum d’initiative populaire), une économie d’exploitation (refus de l’existence du salariat, des monopoles, des cartels, du capitalisme d’État) ou une religion d’État. C’est la situation d’un milieu social où il n’existe pas de rapports de pouvoir verticaux et qui est de ce fait dépourvu de classe sociale. Il existe toujours une organisation, un ordre et une loi, mais ces derniers émanent directement du peuple et non d’une entité de domination distincte qui serait dotée d’un pouvoir de coercition hors de la société elle-même.

    Le terme anarchie provient du grec ἀναρχία / anarkhia, composé de an, préfixe privatif : absence de, et arkhê, commandement, pouvoir, autorité. De nos jours, il est polysémique au point d’avoir des sens non seulement différents, mais absolument contradictoires2. Employé péjorativement dans le langage courant, il y est synonyme de désordre social, ce qui est plus justement désigné comme anomie. À l’opposé, pour les anarchistes, l’anarchie est un but à atteindre désirable et pratique.

    En 1840, Pierre-Joseph Proudhon est le premier à se réclamer anarchiste3,4, c’est-à-dire, partisan de l’anarchie, entendu en son sens positif5 À l’origine, ne faisant que se réapproprier l’insulte qui était proférée à l’égard des républicains de son époque: « La liberté est anarchie, parce qu’elle n’admet pas le gouvernement de la volonté, mais seulement l’autorité de la loi, c’est-à-dire de la nécessité »6,7. En 1987, Jacques Ellul précise : « plus le pouvoir de l’État et de la bureaucratie augmente, plus l’affirmation de l’anarchie est nécessaire, seule et dernière défense de l’individu, c’est-à-dire de l’Homme »8.

    Pour les anarchistes, l’anarchie est l’ordre social absolu, grâce notamment à la socialisation des moyens de production : contrairement à la norme capitaliste de possessions privées, elle suggère celle de possessions individuelles ne garantissant aucun droit de propriété, notamment celle touchant l’accumulation de biens non utilisés. Cet ordre social s’appuie sur la liberté politique organisée autour du mandatement impératif, de l’autogestion, du fédéralisme libertaire et de la démocratie directe. L’anarchie est donc organisée et structurée : c’est l’ordre moins le pouvoir.

  3. Cher Patrick, permets moi de te répondre via cette plateforme (merci à Laurent de nous inciter ainsi à échanger et réfléchir). Ton brillant exposé sur l’origine et les fondements de l’anarchie donne envie d’y adhérer sans condition tant les idées qu’elle porte sont séduisantes. Au fond ce sont mes propres idées. Mais aussitôt vient à l’esprit la viabilité ou la faisabilité (terme généralement employé pour des projets très concrets). Jamais la Corse au fil de son histoire n’a vécu un semblant d’anarchie. Cette philosophie est aux antipodes des préoccupations du Corse davantage soucieux de se protéger… d’à peu près tout ce qui l’entoure. Ce qui est intéressant c’est de savoir comment, par quel processus politique, une telle idée libertaire pourrait naître dans l’esprit d’un Corse ? Parce qu’au fond, avoir des convictions, parfaitement louables, mais si elles ne sont en aucun cas compatibles avec la réalité, quel est leur intérêt ? Ma question est sans doute brutale, brutale pour moi-même d’abord, parce que j’aimerais tant que l’Anarchie soit ne serait-ce qu’un sujet de discussion, en clair qu’elle existe dans le débat politique. Mais ce n’est pas le cas, dès lors comment la faire vivre ?
    Pour avancer dans un débat il faut des points d’accroches, des territoires communs, des oppositions précises. L’Anarchie est bien trop abstraite dans l’esprit d’un Corse, sans préjuger bien sûr de ses capacités ultra rapides d’ailleurs à assimiler les connaissances. Les Corses, dont j’essaie tout doucement de comprendre la mentalité, sont évidemment en mesure de comprendre ce qu’une philosophie de partage, de pouvoir décentralisé… pourrait leur apporter. Mais il y a des atavismes profonds dont on ne se débarrasse pas facilement. La question est comment pénétrer leurs craintes et leurs rejets pour qu’enfin ils puissent s’ouvrir à des idées nouvelles.
    La NUPES était totalement absente des scrutins lors des dernières élections ! Seuls les candidats nationalistes ont existé ne nous laissant aucun choix possible si ce n’est entre deux figures plus ou moins connues. La politique insulaire est bien différente de celle, officielle et nationale, débattue sur le continent. Ici on défend des ‘territoires’ ! C’est à dire des spécificités propres à la Corse. Les partis nationaux n’y ont pas droit de cité. Il faut donc réfléchir en fonction de cette réalité. Cela ne veut pas dire y adhérer ou la cautionner, mais plutôt de s’y intégrer pour mieux la réformer. Devenir Corse en somme !

  4. salut Stéphane, on s’est retrouvé répondre en même temps , puisque j’ai posté ce matin sur FB le texte suivant . Le mien ne se limite pas qu’à la Corse il est vrai mais plus généralement à l’humain dont on voit mal quelles tendances le verraient opter vers l’abandon de la propriété privée…
    « la définition de mediapart vaut ce qu’elle vaut , il y aurait sans soute encore plus à dire sur le mouvement anarchiste. Le souci c’est que l’anarchie parle d’une société future égalitaire, mais est très vague sur la route pour y arriver. Il semble que l’homme, soit par nature, soit par ce qu’il est devenu par le capitalisme moderne, et sa culture de la domination, de la compétition, de la « réussite », de l’argent, etc, etc, devrait effectuer une sacrée mutation pour parvenir à ce monde égalitaire à l’ordre horizontal , au partage, à l’égalité, etc. ET soit il faut « attendre  » qu’iil mute , avec l’éveil des consciences si chère à Pierre Rabbhi, mais il semble que nous manquions de temps. Soit il faut donner une méthode, un moyen d’action , une trajectoire pour atteindre l’objectif. Or à ma connaissance cela manque .. Le grand soir? La révolution? La liquidation violente des puissants? Après l’effondrement de l’idéologie communiste, il semble que les théories anarchistes se retrouvent elles aussi en butte aux réalités du monde moderne. Une utopie et un rêve, deux éléments fondamentaux pour exister, mais difficile à imaginer sans la réponse au « comment ? »

  5. La révolution c’est quoi au juste ? Celles que l’on connait furent violentes et n’ont toujours abouti qu’a des résultats très éloignés de leur finalité. Elles ont toujours marqué l’histoire et provoqué de profonds changements dans la société mais pas ceux pour lesquels les malheureux s’étaient battus. Parce que l’on ne fait pas la révolution avec des ventres pleins. Et ceux qui la font en paie le prix fort au profit d’arrivistes ou d’opportunistes. Plus réussies furent les micro révolutions, celles qui ne se virent presque pas et qui se confinèrent à leurs partisans les plus proches, je pense là à ce que l’on a appelé les  »communautés ». Au XXème siècle, Lanza del Vasto fonda la fameuse ‘Communauté de l’Arche’ basée sur la non violence. Bien que très ouverte elle était proche d’une communauté religieuse. Ce que je veux dire par là c’est que les sociétés idéales peuvent exister dès lors qu’elles sont marginales, hors des grands mouvements de la société et de l’Histoire. Des microcosmes aux tentations parfois sectaires dont il faut sans cesse contrôler les dérives identitaires. Mais c’est possible a une échelle humaine, limitée dans l’espace et le nombre. L’Anarchie peut devenir autre chose qu’une simple idée portée par des BOBO en mal de rêve. Elle peut devenir réalité dès lors qu’elle s’appuie sur la réalité, qu’elle est non violente et discrète. Soft and small are beautiful ! C’est pareil pour l’énergie qu’il convient de trouver et produire à proximité avec les ressources disponibles sans impacter durablement la nature. Idem pour les idéologies. Non, je ne crois pas au Grand Soir en effet. Les révolutions finissent toujours récupérées par des tyrans ou en tout cas avec un pouvoir centralisé.

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