TUER


Société / vendredi, juillet 3rd, 2026

J’écoute,

 j’entends le bruit du monde lointain

et des voix toutes proches

et je comprends que ce qui domine comme solution aux maux du monde  serait la destruction ou la mort de l’autre, de l’ennemi.

Comme le disait Desproges: «  l’ennemi  est idiot, il pense que c’est vous l’ennemi  alors qu’en fait c’est lui. ».

J’entends donc le chantage permanent et violent : si tu ne fais pas comme je te dis, tu vas disparaître, l’exemple, le plus récent étant cette menace de ce président des États-Unis, qui prétend taxer à 100 % les produits français si on n’enlève pas la taxe de 3 % sur les grosses entreprises américaines. Et qui évidemment enlève un président au Vénézuela ( vous avez des news?) , bombarde l’Iran, soutient les criminels israéliens. Pourquoi ? par ce qu’on ne lui obéit pas. 

L’autre exemple, plus ancien et récurrent , est de penser qu’en tuant des islamistes, on se débarrasse de l’islamisme. Ceci n’a jamais marché. Ceci ne marchera jamais. Quel que soit l’ennemi, l’adversaire, la religion.  Je veux bien croire que pendant l’occupation allemande, c’est-à-dire l’occupation physique par une armée la destruction réelle de cette armée pouvait permettre la libération d’un pays. Mais l’idée du projet nazi d’éliminer tous les juifs d’Europe, en les  assassinant était non seulement une abomination, mais une absurdité .

A  plus petit échelle, une amie proche, me disait ces derniers jours que dans le cas de l’assassinat de la petite Lyhanna, il faudrait quand même tuer  cet homme qui a sans doute commis ce crime atroce et tuer par la même occasion tous les pédophiles qui commettent ces actes dont la barbarie et la cruauté sont insupportables.

 Quel terrible retour en arrière pour quelqu’un de ma génération, qui a lutté avec tant d’autres pour l’abandon de la peine de mort, considéré comme l’un des derniers signes d’une société barbare… Un récent sondage indique que 55% des français serait. pour un retour de la peine de mort. Va t il falloir reprendre tout le travail de Badinter? 

Car quelque soit la manifestation de la violence, il apparaît que la mort, ne soit pas la meilleure solution pour réduire ou résoudre l’origine d’un problème. Dans le cas d’Israël , du génocide à Gaza, de la guerre au Liban, des exactions des colons en Cisjordanie,  pour des citoyens comme moi, il apparait évident que la création d’un État palestinien pacifiste aurait résolu depuis longtemps  la plupart des problèmes de violence dans la région ou voir même la création d’un État unique où tous les citoyens auraient les mêmes droits. Et aussi la fin d’une politique de colonisation, qui est la cause  initiale du  drame au Proche-Orient. L’assassinat d’israéliens ou de palestiniens, n’apportent aucune solution, ne fait de renforcer la haine. 

Pour le cas de Lyhanna, à part la conviction profonde que de tuer le criminel ne résout en rien la reproduction de ce type de meurtre, il y a la conviction qu’il est préférable de s’occuper du  problème de fond. Chacun a bien entendu les appels multiples à une réforme de la justice, nécessaire, l’augmentation des moyens pour les recherches etc. Mais pour moi avant le problème structurel de la police et de la justice, il y a un problème fondamental qui est celui de l’écoute et du silence. Pour moi ce qui est en cause principalement ce sont ces milliers de femmes et d’enfants qui osent prendre la parole devant des membres de la famille, devant les forces de l’ordre devant des représentants de la justice, et qui  ne sont pas entendus et ne sont pas crus .

S’il peut y avoir chez les membres de la famille un genre de réflexe de celui qui ne veut pas croire ( « ceci n’est pas possible, tu es une menteuse affabulatrice, il n’a pas pu comme mettre cela etc. » ) il y a pour les milliers de femmes et d’enfants ayant été face à des représentants de l’ordre un déni d’écoute qui n’est en rien un problème administratif. C’est un problème profondément moral, sociétal, masculiniste, patriarcal, qui décrédibilise la parole des femmes.

Le haro général des  partis politique sur les juges, les avocats, la police, le « système » ( même si un immense travail doit être entrepris) est une énième manière de détourner le regard et l’attention et la plupart du temps récupérer la douleur de l’instant à des fins électorales

Alors que se pose la question à notre société de ce manque d’attention et de prise en compte de la parole . Et ceci est sans doute plus complexe et plus douloureux.

Par bonheur, la dernière décennie a vu que le travail militant de nombreuses femmes portait ses fruits : qu’elles en soient félicitées mais il y a encore beaucoup à faire.

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